C’est vrai qu’initialement je n’avais pas trop l’intention de parler
de sujets trop centrés sur la santé mentale mais je me rends compte qu’il y a tellement d’incompréhension et par conséquent, tellement d’injustice autour de certains sujets, que je ne peux me
résoudre à garder le silence.
Déjà rien que les mots qui commencent par « psy » n’ont
encore qu’une bien piètre réputation et c’est souvent à demi-mots qu’on les évoque. « Tu te rends compte, on lui a dit qu’il devrait voir un psy ! », « moi, voir un psy,
mais je suis normal, moi… ».
Et pire encore lorsqu’on énonce des mots comme « psychose », « psychotique ».Combien d’a priori sont attachés à ces termes : « fais attention il est psychotique, il
est surement dangereux », « ne faites pas attention à elle ; elle est psychotique ; elle ne comprend rien » « psychotique, lui, il est pas malade, il le fait exprès
pour ne rien faire, c’est qu’un tire au flanc », « laisse tomber, il est idiot ; il est psychotique »…et fort heureusement j’en oublie.
Tout d’abord la notion de « normal » : qu’est-ce que ça veut dire être normal ? Par définition, ça veut dire conforme à la règle, à la norme, au type le plus fréquent. Mais
qu’est-ce que la norme en matière d’être humain ? Y a-t-il un modèle type auquel il faille ressembler ? Posée de manière explicite on répondrait plutôt « non » -surtout quand
on se souvient des atrocités commises au nom d’une non-conformité à une norme décrétée de manière forcément arbitraire - cependant de manière implicite il semblerait que
« oui ».
A la naissance on nait fille ou garçon ; est-il plus normal d’être fille ou garçon ? Vous trouvez cette question stupide et je vous l’accorde elle l’est. Néanmoins si l’on se penche sur
une autre caractéristique qui ne soit pas physique mais psychique, là les choses changent. Et pourtant de même que nous arrivons au monde avec certaines caractéristiques physiques nous en auront
d’autres qui seront moins évidentes mais tout aussi présentes ; notamment, notre structure psychique qui se trouvera soit du côté de la névrose soit du côté de la psychose. Quoi ? que
dites-vous ? Alors quoiqu’il arrive je suis malade ? Et bien non. Névrose ou psychose (seule alternative) il s’agit tout d’abord d’une structure (et non pas d’une maladie) qui selon
qu’elle va réussir à plus ou moins bien s’adapter à son environnement va être ou non –ou plutôt plus ou moins- en souffrance. Et c’est à partir du moment où cette souffrance ne permettra plus de
s’adapter au mode de vie que propose la société dans laquelle on vit que l’on désignera ces structures psychiques comme pathologiques –c’est-à-dire générateur de souffrance pour l’individu et/ou
son entourage-. Donc si l’on vous dit que vous êtes névrosé ; ce n’est pas une grande révélation de toute façon il y a 1 chance sur 2 !
Ceci étant posé, voyons un peu la (plutôt les) différence(s) entre ces 2 structures. Si l’on se représente notre psychisme comme une grande chambre, on pourrait voir qu’elle est séparée en
2 ; une partie de cette chambre ouverte sur le monde réel –tout au moins ce que l’on appelle la réalité qui serait faite de tous les aspects
partagés par tous- et une autre partie ouverte sur un monde autre -dont peut faire partie l’imaginaire, par exemple-.
Dans une chambre à structure névrotique :
Ø la partie ouverte sur la réalité est plus importante que
l’autre
Ø dans chaque partie les ouvertures sont munies de portes –qui peuvent être
ouvertes ou fermées à souhait-
Ø les 2 parties sont séparées par une cloison munie d’une porte –plus ou moins
verrouillée- pour permettre l’éventuel passage d’informations d’une partie à l’autre
Dans une chambre à structure psychotique :
Ø la partie ouverte sur la réalité est moins importante que l’autre
Ø tout est grand ouvert en permanence -il n’y a ni porte ni fenêtre-
Ø les 2 parties ne sont que vaguement délimitées par quelques voilages qui battent
au vent
Ø la partie ouverte sur un ailleurs ne peut être définie par le seul imaginaire et
reste très mystérieux -et du point de vue de l’adaptation à notre société très problématique-.
Ø ma perception est très développée ; 5 sens très aiguisés pour percevoir ce
qui me parvient de la réalité et une perception intense autre (extra-sensorielle ?) pour ce qui est de cet « ailleurs »
Quand je grandis
Dans ma « chambre névrotique » bien
compartimentée, j’apprends à ouvrir et fermer les portes, càd je ferme la porte qui sépare l’imaginaire du réel quand je suis dans la classe et je l’ouvre quand je joue ; j’apprends à bien
ranger les choses là où on me dit qu’elles doivent être –les leçons avec les leçons, l’imaginaire avec l’imaginaire, la réalité avec la réalité, les histoires avec les histoires, les mensonges
avec les mensonges...
Dans ma « chambre psychotique », ouverte aux
quatre vents, on veut m’apprendre à ouvrir et fermer des portes que je n’ai pas ! Je suis bien surpris je me demande souvent de quoi il s’agit. On veut m’apprendre à bien ranger le réel avec
le réel, l’imaginaire avec l’imaginaire mais au premier coup de vent, tout s’est remélangé. Je perçois des choses que d’autres ne perçoivent pas et auxquelles on ne peut pas bien donner de
nom ; qu’il m’est difficile de comprendre (puisqu’on ne peut me les expliquer) et encore plus délicat à faire comprendre. Comme les informations qui me viennent de cet « ailleurs »
empiètent sans cesse sur les informations que l’on veut me donner, ça me demande un gros effort d’attention pour suivre ce que l’on me dit et encore
plus pour traiter cet information.
Quand j’ai « mal à ma structure »…
Si ma « chambre » est névrotique, les problèmes majeurs que je peux rencontrer seront
liés à des problèmes d’ouverture –fermeture (voire verrouillage) des portes. Par exemple la porte qui donne accès à l’imaginaire, le rêve, la fantaisie… ne s’ouvre plus suffisamment et seuls les
accès sur le réel restent ouverts (parfois trop grand ouverts).
Ø La pression des contingences matérielles devient alors trop forte et je ressens
l’angoisse dans la mesure où j’ai peur de ne savoir y répondre et ne peux y échapper (troubles anxieux).
Ø La vie peut me paraitre alors trop lourde, trop difficile à vivre, trop peu
attrayante, je me sens découragé(e) face à toutes ces contraintes et trouve que la vie est faite de trop de peine pour peu de plaisir –je ne sais d’ailleurs plus apprécier les petits plaisirs de
la vie- (troubles dépressifs).
Si ma « chambre » est psychotique, il est bien évident que je suis davantage exposé aux
« courants d’air », donc beaucoup plus « vulnérable » :
Ø ne pouvant fermer les issues, je « capte » davantage tout ce qui me
parvient tant de ce monde que l’on nomme réel que de l’autre ; mes perceptions qu’elles soient sensorielles (perception de la réalité par mes sens) ou « extra-sensorielles »
(perception de cet ailleurs que l’on ne sait définir qui se rapproche de l’imaginaire mais le dépasse) sont hyper développées. Ces mêmes perceptions parce qu’elles ne peuvent trouver un sens aux
yeux des gens qui ont une structure névrotique, sont dénommées hallucinations (visuelles, auditives ou kinesthésiques), bouffées délirantes.
Ø Je capte donc énormément de choses dont je ne sais pas toujours quoi faire
puisqu’elles sont trop nombreuses ; je peux donc me sentir débordé, envahi et comme elles n’ont de sens que pour moi, incompris, rejeté, voire ridiculisé. Comme ces perceptions ne peuvent
prendre sens, elles bouleversent mes repères, deviennent embarrassantes, envahissantes et provoquent de terribles angoisses.
Ø Ces sensations multiples m’empêchent également de pouvoir gérer correctement
l’information perçue (comme évidente) par les autres (à structure névrotique) ; il m’est donc plus difficile de me concentrer, de gérer des situations nouvelles, inattendues.
Ø Parfois les perceptions qui viennent de cet « ailleurs » sont si
présentes que je ne peux gérer ce qui me vient de ce monde dénommé réel. J’ai donc plus de difficulté à m’adapter et assumer le quotidien, à me concentrer (si mon entourage –matériel, affectif-
est instable ça m’est très difficile, raison pour laquelle ma structure peut devenir visible et pathologique lors d’un changement important).
Ø Si ces perceptions sont vraiment trop nombreuses et envahissantes je peux me
sentir agressé(e) et me replier sur moi-même (comportements autistique, toc…) et/ou devenir agressif en retour à toute sollicitation, que je vis comme agression (paranoïa).
Quand ma structure va
bien
Dans ma chambre à structure névrotique, j’arrive à ouvrir et fermer facilement les portes quand je choisis de le faire et de manière appropriée à la
situation, càd que je sais alterner les moments de contrainte (portes vers le réel ouvertes) et les temps de détente et de fantaisie (issues vers le réel refermées et portes vers l’imaginaire
ouvertes), je peux même associer la créativité pour répondre à la contrainte (circulation harmonieuse entre ce qui vient du réel et ce qui émane de l’ « ailleurs »).
Dans ma chambre psychotique, j’arrive à intégrer ce qui me vient d’ « ailleurs » dans ce que je vis en lien avec le réel ; soit
j’arrive à vivre avec ces perceptions qui me sont personnelles sans vraiment pouvoir les partager (au risque d’être traité de fou), soit le milieu dans lequel j’évolue me permets de partager ces
perceptions (et je suis plutôt désigné comme génie), notamment dans le milieu de la création, où il est, par définition, de bon ton d’avoir des idées, des pensées que d’autres n’ont pas…
Puisse ce petit texte lever quelques malentendus en apportant un regard un peu plus proche de la réalité -si tant est qu’il y en ait une- et débarrasser nos esprits de quelques unes des idées
reçues qui ne font que creuser un fossé entre des gens qui ont juste des fonctionnements différents.
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