Bon, d’accord, je sais Maxime (Leforestier) en a déjà fait quelque chose de beaucoup plus sympa…
Comme je l’expliquais tantôt nous sommes prisonniers du miroir ; tous nos faits et gestes sont passés
au crible de notre idéal de perfection (approximativement ce que Freud appelait déjà l’« Idéal du moi »). Notre juge intérieur a une idée bien précise (et souvent très figée et plus ou
moins inconsciente) de ce qui doit être ou pas, et il définit ce que l’on doit faire ou pas, avoir ou non, à qui (à quoi) il est bon de ressembler, de quoi avoir l’air… afin de paraître
convenable.
Et un peu comme pour amadouer ce juge intérieur, pour le rendre plus indulgent,
nous avons appris à « ruser ». Je vous propose donc de faire un petit tour dans le « musée des ruses ». Ce sont bien souvent ces mêmes ruses que l’on a utilisées, quand enfant on voulait
gagner la clémence de maman ou papa (ou tout autre adulte) et que l’on continue de pratiquer de manière un peu plus élaborée (quoique) dans la cour des grands.
« T’as vu, un peu celle là, comment elle se comporte avec les
hommes ! », « Dis donc les Durand avec leurs enfants, c’est la catastrophe, enfin vu comment ils les élèvent… », « Oh celui là quel radin ! »… L’attitude « je critique » ça sert à quoi ? Ca sert juste à se rassurer sur le fait qu’au moins ce vilain
défaut là (tout au moins ce que j’ai enregistré comme tel) on ne l’a pas ! Il serait plus juste de dire qu’on ne l’a pas exercé cette
fois-là, ce que l’on cherche à faire remarquer à notre juge intérieur comme à celui de notre (nos) interlocuteur(s).
L’attitude « moi, je fais
bien », variante « regarde, comme je fais bien, moi » que l’on retrouve sous forme de « quel travail j’ai
abattu ; ces congés je les aurai pas volés ! », « ah, tu ne l’as pas encore fait ton dossier ? Oh moi, je l’ai fini depuis longtemps », « oh, votre fils n’a pas
encore eu son permis cette fois-ci, ma fille, elle, l’a eu du premier coup », « ta voiture est encore en panne, moi j’ai jamais de soucis, faut dire que j’ai fait le bon
choix. »…ça sert à quoi ? Et bien ça sert à maintenir l’attention de notre bon vieux compagnon de juge intérieur sur ce qu’il a estampillé comme étant bien.
Très proche toujours, la comparaison. Celle-là, en revanche n’est pas toujours en notre faveur. « Mes voisins ont encore changé de voiture, moi ça fait des années que je me
traine celle-ci », ou « je ne suis pas aussi douée qu’elle » traduction : « t’as raison juge intérieur, moi, je n’ai pas de valeur, je ne réussis pas dans la vie… ».
A l'inverse, « J’ai beaucoup plus de goût que ton ex tout de même ! », « tu ne vas tout de même pas me comparer à cet imbécile » traduction : « bon je suis
peut-être pas au top mais comparé à « ça » je peux me tenir droit, n’est-ce pas juge intérieur ? ».
Sur un autre registre : la
projection, qui consiste à attribuer à l’autre des pensées que je préfère ne pas reconnaître comme miennes. « Oh ! Une personne comme ça
il ne la supporterait pas bien longtemps » sous entendu JE ne supporte pas cette personne mais mon juge intérieur ne verrait pas d’un bon œil que j’ai une telle intolérance. « Ma fille,
non, elle n’ira pas elle a bien trop peur ! » qui signifie en fait J’AI bien trop peur mais mon juge intérieur ne m’autorise pas la peur…
La liste n’est (heureusement) pas exhaustive et je vous invite à la
compléter.
Mais si l’on regarde bien ; ça sert à quoi tout ça ? N’y a-t-il pas
un objectif essentiel commun à toutes ces dérives ? Ne cherche-t-on pas à se convaincre (en convaincant notre juge intérieur) que s'il devait y avoir des élus, on en ferait parti ?
N’est-ce pas dans l’espoir d’être digne d’amour, d’être celui qui ne pourrait être qu’aimé, estimé, accueilli, reconnu ? Serait-ce là le rôle de ce juge intérieur, de chercher à nous rendre
plus « digne d’amour », comme s’il y avait un prototype qui permettrait de l’atteindre à tout coup ? Comme s’il s’agissait de correspondre exactement à un modèle pour gagner le
jack pot… Cependant peut-on aimer une image ? L’amour vrai ne serait-il pas inconditionnel ? Peut-on s’ouvrir à l’Amour si l’on ne commence pas par en donner…à soi
même ?
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